Ballade Agenaise

Avachi dans les banquettes du « Temple de la bière », je médite entre deux gorgées de Jeanlain, une brune qui épice mes nuits de buveur solitaire….


Je suis dans une impasse, une sorte de quadrature du cercle sans solution….


La solitude me pèse, je dois bien l’avouer, et arriverais-je encore à vivre seul ?


D’un autre côté je me fais la promesse que plus jamais je ne vivrai en couple….


Trop égoïste, trop casanier ou trop solitaire au fond…. Je ne supporte plus de vivre en famille.


Perdu dans mes pensées, elles-mêmes noyées dans la bière je suis dans ma bulle indifférent à l’agitation collatérale.


 


C’est alors qu’une femme entre accompagnée de deux amies et s’assoit en face de moi attirant mon attention. C’est une belle femme d’une cinquantaine d’année, brune, des yeux en amandes verts, silhouette fine et démarche altière…. Mais ce visage ne m’est pas inconnu et mon cerveau brumeux essaie d’extraire un souvenir, un nom, en vain.


Elle a vu que je l’observais, sourcils froncés et perdu en réflexion, elle me regarde à la fois amusée et interrogative…. Je lui souris et elle répond à mon sourire, avec douceur….


Je n’ose pas m’approcher, moi le fier matador, je suis pétrifié, le nez dans ma bière…. Elle discute désormais avec ses deux amies, tout en jetant de temps en temps un regard dans ma direction…. Elle aussi semble chercher une réponse à ma présence.


 


Tout aurait pu en rester là, si une envie pressante, effet secondaire de la consommation de bière, ne me fit me lever pour aller aux toilettes. Enfin soulagé, je me lavais les mains lorsque je vis sa silhouette dans le miroir…


« - Bonsoir, dis-je poliment


-          Bonsoir, on se connaît non ? me répond-elle


-          C’est ce que j’essaie de me remémorer….


-          Je suis professeur d’espagnol…. »


Bingo tout me revint en un éclair….


Mon professeur d’espagnol, sur laquelle j’avoue avoir fantasmé pendant 2 ans, quitté 15 ans plus tôt, se tient devant moi, sourire aux lèvres et œil brillant.


«- 1989, 1ère S, on a du s’y croiser….


-          Tom si j’ai bonne mémoire…


-          Vous avez bonne mémoire… »


 


Soudain j’avais envie de lui plaire et toutes sortes d’idées plus ou moins avouables me traversèrent l’esprit….


Arborant mon plus beau sourire et mon air le plus innocent, je l’invitais à boire un verre. Elle alla donner congé à ses deux amies sur le départ, et vint s’asseoir à ma table….


Nous avons longuement parlé, elle la chatte moi la souris, moi le chasseur et elle la proie…. Elle buvait plus que de raison et moi je buvais par habitude…. Mes yeux ne se détachaient plus d’elle et quand elle posait sa main sur mon bras ou sa tête sur mon épaule pour ponctuer ses phrases, un délicieux frisson me parcourait le corps.


 


Le bar était vide et la serveuse, visiblement agacée par notre complicité et épuisée par cette longue journée de travail, nous informa de la fermeture. Je la gratifiais d’un clin d’œil et d’un large pourboire ce qui eut pour effet de lui rendre le sourire.


 


Une fois dehors, saisis par la fraîcheur estivale, elle me donne le bras et me lança goguenarde :


« - Tu peux me ramener ou j’appelle un taxi….


-          Mais je vous ramène très chère, lui dis-je enjoué, en priant pour retrouver la voiture que l’on m’avait prêté. »


 


Nous sommes allés chez elle, petite maison de charme au bord de la Garonne, perdue au fond d’une luxuriante végétation, loin des regards indiscrets et du tumulte de la ville….


 


Elle m’invita à boire un dernier verre, et bien que celui-ci fût de trop je m’empressais d’accepter…. Bien vite nous nous sommes retrouvés nus nos corps s’emmêlant, fougueusement comme pour rattraper le temps perdu, comme pour oublier le temps qui passe….


 


Nous avons passé un moment à jouer avec nos corps, nos envies, nos passions, équilibristes sur le fil entre douceurs et perversions, avant de nous effondrer côte à côte à bout de souffle, à bout de force…


 


Elle vint se lover contre moi, me prenant dans ses bras et me caressant les cheveux. Allez savoir pourquoi le trop plein jaillit en un flot lacrymal et malgré mes efforts pour dissimuler mes larmes, je sens sa main venir essuyer ma joue, ses lèvres se poser sur mes yeux….


 


Je me sens apaisé et je m’endors….


Je suis réveillé par une odeur de café et de pain grillé…


 


« - Petit déjeuner au lit me dit-elle, drapée d’un peignoir à peine attaché dont l’entrebâillement laisse entrevoir le haut de ses cuisses et ses petits seins.


-          Quel bonheur, un traitement de roi….


-          De petit prince dirons-nous ne sautons pas les étapes !!! Allez dépêche-toi prince charmeur, tu vas être en retard.


-          J’ai envie de Toi….


-          Ce sera une bonne occasion de revenir me voir me dit-elle en m’embrassant sur le front… »


 


Et c’est sur cette dernière image d’une amante maternelle, qu’après un rapide passage sous la douche, je quittais cet endroit qui venait de m’apporter quelques heures de répit, quelques heures…


 


Elle se tenait sur le perron, je cheminais dans l’allée….


Surtout ne pas se retourner…


Je me retourne…


Elle me fait un signe de la main en disant « hasta luego pequeno principe »….


« Hasta luego » murmurais-je franchissant le portail….


 



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