Il est de ces jours

Il est de ces jours où je me sens vide, creux, presque inutile, absent, sans âme…


Le corps avance, presque mécaniquement, et rien d’autre ne se passe. Le cerveau fonctionnant au ralenti fait service minimum… L’esprit est en sommeil…


 


Il est de ces jours, sans que je sache pourquoi… Pourquoi je suis comme ça, pourquoi j’en suis là, pourquoi je suis là…et pour combien de temps ?


 


Il est de ces jours où je ne réponds pas à ces questions que je me pose, et dont la simple évocation, tout autant que la réponse, parfois m’effraie….


 


Il est de ces jours où pas même un rayon de soleil, un sourire, un regard ne peuvent me sortir de cette torpeur, de cette envie de ne plus exister ici, de disparaître pour un ailleurs, parfois même de mourir…


 


Il est de ces jours où je ne vois plus l’horizon, où la mer se mêle au ciel en une furieuse étreinte, où nuages et écume s’emmêlent pour ne plus faire qu’un….et pas même la lumière blafarde d’un phare à l’horizon n’arrive à me rassurer et me mener vers de calmes rivages apaisants.


 


Il est de ces jours où je me sens perdu, aveugle, sourd, dans un monde sans repère, dans une vie sans vie, dans une survie douloureuse…


 


Et pourtant chaque jour, je remets mon âme sur l’ouvrage du quotidien, inlassablement dans l’espoir de jours meilleurs.


 


Car voilà bien l’essence de nos vies : l’envie et l’espoir…


 


miroir de la tristesse


Entre chien et loup

entre chien et loup


 


Entre chien et loup, c’est comme ça que se nomme cet instant magique où le soleil plonge définitivement dans les limbes de l’océan, il ne fait plus vraiment jour mais pas encore vraiment nuit.


Les silences de la nuit  baignés par les dernières lueurs du jour.


La mer grise fait une pause dans son inlassable va et vient, les goélands cessent leurs vols pour nicher au creux des rochers, les crabes se retirent dans les entrailles de la terre, les coquillages se recroquevillent dans leurs carapaces.


C’est à cette heure que je m’apaise, assis sur les galets de la petite crique, au pied du phare qui inonde de sa lumière les horizons inconnus.


J’allume ma pipe, l’odeur sucrée du tabac se mélange à celle iodée qui baigne l’endroit, mélange de parfum qui invite au voyage de l’âme.


Mes yeux tour à tour se perdent dans les profondeurs abyssales de l’eau devenue noire et dans l’immensité étoilée des cieux.


Le temps semble un instant arrêter sa course comme pour saluer l’instant…


 


C’est alors qu’elle arrive lentement s’échouant sur le rocher, luisante de gouttes d’eau qui perlent sur ses écailles, sa longue chevelure brune mêlées d’algues multicolores, ses grands yeux aux pupilles noires comme des perles, sa fine bouche rouge corail et son sourire envoûtant… Vous l’avez bien compris j’ai moi aussi cédé au doux chant des sirènes, mais celle là est mienne, muse de mes folies, amante bohème, amie fidèle, amoureuse éperdue… Nous nous sommes apprivoisés à force de mots murmurés entre chien et loup, ou par des nuits sans lune où, à l’abri de regards bien mal intentionnés, nous unissions nos mondes à travers un baiser, une douce caresse, une délicate étreinte.


 


Si mon histoire vous semble folle, sans doute avez-vous perdu votre âme d’enfant de celle qui d’un mot sait construire plus d’un rêve…poursuivez donc vos routes qui doivent être bien longues et souvent bien tristes.


 


Mais si vous souriez, béatement, à l’idée d’un gardien un peu fou, un peu saoul, conversant à la tombée du jour avec une sirène, et si même ces mots vous attendrissent, alors prenez place dans ce phare peuplé d’histoire de vers et de magie….et soyez mes amis…


 


sirene


 

Petit brin de femme

Nous nous sommes connus au hasard des temps


Il y a de cela déjà bien longtemps


Nous nous sommes découverts en prenant notre temps


Nous avons vécu des moments hors du temps


Nous avons affronté des marées et des vents


Nous avons traversé des terres et des volcans


Du royaume Lapeaudouce à l’île de Keranaon


Depuis ton donjon jusqu’à mon Phare


Tour à tour Marquise, Soumise et guerrière


Fragile porcelaine enrobée dans du roc


Nous en avons fait du chemin…


 


Puis nous avons cru être un jour apaisés


Nous avons cru aussi notre soif étanchée


Et pourtant… y croyons-nous vraiment ?


Rattrapés par nos vies, engloutis par le présent


Nous regrettons ce temps où nous errions,


Sur les sentiers battus de l’interdit


Sans oser se l’avouer


Sans se l’avouer à nous même…


 


Mais les choses ont changé,


A croire qu’on se lasse de tout


Après avoir connu l’abondance


On finit par faire mauvaise fortune


Du vide qui nous entoure…


 


Sans savoir si c’est bien


Ou mal…


Sans savoir où est la vérité


Où est le mensonge..


 


Alors petit brin de femme je voulais t’écrire ces quelques lignes


Car même si les temps changent


Même si les cycles ne sont plus ce qu’ils étaient


Même si une certaine raison nous a rattrapés


Même si mes pas me mènent ailleurs


Ce lien, si ténu soit il, ne se brisera jamais…


Soit en sûre.


Il y aura toujours un mot,


Un souffle d’air,


Un papillon,


Un elfe, un korrigan,


Un trèfle à quatre feuilles


Pour te parler de moi


Pour me parler de Toi…


 


Je ne prononce pas ton nom, tu t’es reconnue


Toi femme aux cents noms et aux mille visages


Et sèche cette larme sur ta joue


Ce n’est pas un adieu


Pas même un au revoir


Juste un petit hommage


Sans ver, sans ambages


Car j’en avais envie.


ange gothique

Tourner le dos

Hier


 


J’ai tourné le dos à ma jeunesse un jour


Et fait mes premiers pas dans la cour des grands


 


J’ai tourné le dos à ces chères études


De toute façon j’avais déjà loupé ma vocation


 


J’ai tourné le dos à la sainte famille


Pour rechercher cet oxygène qui me manquait déjà


 


J’ai tourné le dos à la sainte église


Pour aller prier dans l’arrière salle des bistrots


 


J’ai tourné le dos à la mère patrie


Les médaillés du front m’ont renvoyé de là


 


J’ai tourné le dos à ma raison


Et j’ai payé le prix fort pour cette passagère folie


 


J’ai tourné le dos à mes amis


Car rien ne comptait plus alors que l’ivresse


 


J’ai tourné le dos au corps médical


Qui m’a affublé de ce boulet chronique anachronique


 


J’ai tourné le dos à mes géniteurs


En quête d’un ailleurs, en quête de liberté


 


J’ai tourné le dos à ma terre


Pour fuir cinq années de ma vie et guérir les plaies


 


J’ai tourné le dos à mes sentiments


N’étant plus apaisé que par chaos et tourments


 


J’ai tourné le dos à des femmes


Qui voulaient mon bonheur quand je n’en voulais pas


 


J’ai tourné le dos à mes principes


A force des faire concessions et compromis


 


Aujourd’hui


 


Je tourne le dos à mon passé


On ne construit pas son présent sur des souvenirs


 


Je  tourne le dos à la dive bouteille


Pour m’abandonner à l’ivresse des parfums et des sens


 


Je tourne le dos à tous les faux amis


Leur jalousie se révèle bien mauvaise conseillère


 


Je tourne le dos à ma petite famille


Pour rechercher cet oxygène qui me manque toujours


 


Je tourne le dos aux femmes possessives


Je ne remettrais pas ma vie sur l’autel du couple


 


Je tourne le dos aux juges et aux bourreaux


Vous n’aurez pas ma tête, vous n’aurez pas ma peau


 


Je tourne le dos aux compromis


J’y ai déjà perdu beaucoup trop de temps


 


Je tourne le dos au corps médical


Qui ne sait pronostiquer que des avis réservés


 


Je tourne le dos à ma raison


Je suis aujourd’hui prêt à en payer le prix.


 


Je tourne le dos au tourment


En allant retrouver ces terres qui m’apaisent…


Magrit

Mémoire

Nous étions là, tous les cinq, debouts, droits comme des i, transpercés jusqu’aux os par une brise venue du nord, les pieds trempés plantés dans une herbe gorgée de rosée. Les rayons blafards du soleil annonçaient timidement l’arrivée du printemps, pour peu que le printemps s’installe sur ces côtes toujours noyées de brume et arrosées de crachin.


 


Tous, nous nous regardions du coin de l’œil scrutant de la tête aux pieds nos quatre compagnons d’infortune. Nous n’étions pas vraiment des étrangers, mais vingt ans déjà s’étaient écoulés depuis notre dernière rencontre. Et le hasard de la vie, ou plus justement le destin, nous avait rassemblés là dans la lande de notre région natale que nous avions tous quittée pour assouvir une quête matérielle voire spirituelle.


 


Nous formions un demi-cercle face à la mer, et quiconque se serait aventuré là se serait interrogé sur ce drôle de cérémonial. Nous même, nous nous interrogions sur notre présence ici… Col relevé, casquette ou bonnet vissés sur le crâne, semblant braver les éléments, sans un mot, presque religieusement. Nous avions à peine eu l’un pour l’autre un quelconque signe amical


 


L’un d’entre nous décida de rompre le silence :


« - Qu’est-ce qu’il fout, on va tous mourir de froid ou de pneumonie si ca s’éternise…!! ».


 


Interpellé par ces mots d’impatience, je tournais le dos à la mer pour faire face aux quatre autres. Je les scrutais un à un, apaisé mais le regard grave. Nous n’avions finalement pas trop changé, mis à part les marques du temps. Je me raclais la gorge et dit :


« - Chers amis, voilà bientôt vingt ans que nous nous sommes perdus de vue, vingt ans que nous sommes sans nouvelle l’un de l’autre, vingt ans que nous poursuivons nos routes au mépris de nos promesses d’adolescents. ».


 


Je marquais un temps d’arrêt et portais à nouveau mon regard sur chacun d’entre eux. Ils baissaient la tête, non de dépit, mais pour épargner à leur visage la brise cinglante  mêlées au crachin. Je repris :


« - Un d’entre nous, en revanche, si j’en crois notre présence ici, a su garder, sans que nous le sachions, un œil sur chacun et n’a rien oublié. Et vingt ans après nous avons tous reçu, à nos adresses respectives, cette invitation, et curieusement, si j’en crois la liste des invités, nous sommes tous là. Alors accordons-lui quelques minutes de retard. Il ne nous a pas fait venir pour rien…»


 


Je fouillais dans la poche de mon manteau et en sortis un carton d’invitation, avec un texte succinct imprimé sur un bristol jaunit, comme pour argumenter mes paroles.


Je suspendais mon geste en voyant s’avancer vers nous une silhouette vêtue de noir portant dans ses bras un curieux objet.


 


Ce n’était pas Lui mais un petit bonhomme rabougri à qui il était impossible de donner un âge. Enfoui dans un pardessus trop grand, un chapeau de feutre sur la tête, une pipe vissée à sa lippe il avançait vers nous en boitillant. Arrivé à notre hauteur, il nous salua portant la main à son chapeau.


 


«- Messieurs bonjour, Je suis Honoré Latour, notaire. J’ai été mandaté par votre ami pour le représenter aujourd’hui en ces lieux.


-       C’est quoi encore que cette mascarade !! s’écria mon voisin


-       Silence !!, dis-je, laissons parler Monsieur Latour.


-       Voilà vous ne le savez apparemment pas mais votre ami est décédé récemment d’une longue maladie et suivant ses dernières volontés il a été incinéré. Il m’a confié pour ultime mission de tous vous convier ici pour procéder à l’éparpillement de ses cendres. Et je crois que cela lui tenait vraiment à cœur… »


 


Le malaise était palpable et lourd le silence. Aucun de nous ne voulait prendre la parole, aucun n’avait le mot juste… L’un d’entre nous pleurait.


 


Le notaire se tourna vers moi en me tendant l’urne funéraire qu’il tenait contre lui.


« - Vous êtes Tom, je vous reconnaît d’après les photos. Il m’a beaucoup parlé de vous cinq, poursuivit t’il, et il a beaucoup insisté pour que vous soyez l’orateur de ses derniers instants… »


 


Ma gorge se serra, je fermais les yeux m’emparant d’une main tremblante de l’urne. Je ne savais plus que faire ni quoi dire…


Pourquoi un homme décide un jour de faire venir des amis disparus depuis vingt ans en leur demandant de lui faire un éloge funèbre improvisé… ? Comme pour répondre à ma question le vieil homme posa sa main sur la mienne et murmura : 


« Il était très seul vous savez. Plus d’amis, pas de famille. Il a fait face à la maladie en ne se raccrochant qu’à une seule chose, ses souvenirs. Et vous êtes ses souvenirs… »


 


Je jetais un regard à mes compagnons tous aussi bouleversés que moi, pris une ultime inspiration puis me tournant vers la mer j’improvisais :


« Nous avons tous suivi nos routes sans même un regard en arrière. Pas même le moindre signe. Et nous avons sombré dans l’oubli sans même sans rendre compte. Tu as voulu nous réunir ici pour nous montrer que tu tenais à nous, malgré tout, et aussi pour réveiller notre mémoire… Il est pour toi trop tard, nous n’avons rien su de ton calvaire, et nous pouvons juste te promettre de ne pas oublier… »


 


Alors j’ai ouvert l’urne, j’en fis sortir quelques cendres avant de la tendre à mes compagnons. Un à un ils répétèrent le geste vidant l’urne au dessus du vide, les cendres emportées par le vent…


 


Cette cérémonie improvisée touchant à son terme, le vieil homme se retira. Nous sommes restés là encore un instant, puis transis de froid nous nous sommes réfugié au troquet du village proche. Nous avons échangé quelques souvenirs, nos adresses et téléphone, et avons fait la promesse de faire de cette date et de ce lieu un pèlerinage.


 


Je suis ce matin seul en haut de la falaise. Mon téléphone n’a pas sonné. Aucune silhouette à l’horizon. Ce jour a sombré dans l’oubli… Nos mémoires englouties par nos quotidiens… Une larme coule sur ma joue, de la honte…


falaises

Rendez-vous




Morrigan,


Va t'en savoir pourquoi je suis ce matin étreint de nostalgie, jusqu'à me souvenir de notre premier rendez-vous. Ce premier contact où nos regards d'enfants du Nord se croisèrent sous le soleil brûlant du Sud. Et ta première erreur, quand mon regard comme un glaive plongea dans le tien, tu as baissé les yeux… C'est sans doute ce détail qui écrivit le reste de l'histoire…


L'hydromiel coulait dans mes veines pour le courage, le désir brûlait dans les tiennes, mon coeur a cessé de battre le tien battait à la chamade, j'avais le souffle court, tu ne respirais plus…


Et l'union improbable de nos bouches, de nos corps, sans pudeur et sans honte…surtout sans question.


Le vent qui caresse Kerananaon murmure encore cette histoire depuis le coeur de la forêt jusqu'aux côtes escarpées… et si je ferme le hublot il passe par en-dessous la porte du Phare pour m'en toucher deux mots… Même Ruzboudig, par nature si jalouse de ses guerriers, s'ose à quelques mots doux à nos égards…


Oui, une nouvelle ère commence ici, et bizarrement après ce combat que je viens de livrer pour une cause qui me semblait juste, et même si cette victoire ne sonne pas la fin de la guerre, je n'ai jamais tant été en proie au doute…. Moi qui ai combattu pour la sérénité, voilà que cette lutte a réveillé les vieux démons du combattant des Terres Rouge.


Rien n'est sans doute plus pareil, Morrigan, ni ton esprit ni le mien, nos corps sont encore un peu plus blessés, nos âmes un peu plus écorchées, nos coeurs saignent et nos yeux pleurent, et pourtant nous restons fidèles à ce rendez-vous…


Les autres ont baissé les armes, on ne peut leur en vouloir, et la Quadrature du Trèfle n'est plus qu'un lointain souvenir… Le trèfle n'a plus aujourd'hui que deux feuilles mais résiste au chiendent malgré le temps qui passe, et reste fidèle en nos jardins…


Morrigan ne te méprend pas sur mes intentions, ne te méprend pas sur ton rôle ou ta place, prend ces mots comme ils viennent et interprète les comme bon te semble, je les sème sur ce chemin qui serpente sans fin sur le flanc des falaises escarpées qui surplombent une mer aujourd'hui en furie, écumante de rage….


Bien à vous Morrigan, ne baissez pas les armes…

Immensité

J'aime à m'asseoir au bord de l'eau.


Petit étang perdu dans la blanche campagne, grand lac paisible au coeur des montagnes, frêle cours d'eau qui file et se fraie un chemin dans des dédakes chaotiques et rocheux, sombre fleuve traversant impassible villes et collines, mer caressant les galets d'une écume vaporeuse, océans furieux battant la falaise à grand renfort d'embruns…


C'est selon les envies, selon les humeurs, selon les colères…


Et cette eau toujours m'apaise, remet de l'ordre dans mes pensées, étouffe mes angoisses, tait mes douleurs et cicatrise mes plaies…


J'aime tout autant me perdre dans les méandres végétales des forêts – de pins, de chênes ou de toute autre essence – fussent-elles emplies de magie ou simplement d'animaux effarouchés et de quelques champignons.


L'immensité de Dame Nature à laquelle je confronte ma frêle silhouette, immensité qui nous remet à notre place, nous simples passagers en ces lieux…


Je m'en vais m'asseoir au bord de la Méditerranée…et vous dit à plus tard. 

S'il fallait le faire




 


Comprendre pourquoi je me bats, je me prostitue, je suis prêt à accepter tous les compromis même ceux qui me dérangent… ?


Pour vivre tout simplement.


Ne pas perdre le peu que j’ai réussi à construire…


Ne pas perdre…la tête…


Ne pas replonger vers de vieux démons.


Ceci a aujourd’hui un prix…ma liberté…Je suis prisonnier de mes sentiments…


Je paie cash…


Comme un joueur de poker qui fait tapis, sans carte dans les mains, et prie pour que le croupier soit généreux ou que son bluff fasse se coucher ses adversaires.


 


C’est fou ce que l’on peut faire…par amour


Oui une pure folie…


Je n’aurais jamais cru cela possible…pas même en être capable


 


Alors quand je suis tombé sur cette chanson de Patricia Kaas, j’ai compris que je ne suis peut être pas seul à vire cela…à survivre comme cela.


 


Ca ne rassure pas…


Et c'est bein ça le pire


 

L'arrivée au phare

Il n’était pas au bout de sa quête, il le savait….


Mais il était au bout du chemin….


 


Il se sentait heureux et fatigué à la fois… Pèlerin usé par la longue marche mais l’âme légère de tout ce qu’il avait abandonné en chemin, les yeux emplis des couleurs, des lumières, des paysages traversés, le cœur empli des sourires de ceux qui croisèrent sa route…


 


Il se dressait droit et fier au sommet de la falaise. Ce phare du bout du monde, celui qu’il avait imaginé, celui dont il avait rêvé…celui qu’il avait si longtemps cherché et qu’il croyait rangé au rayon de ses fantasmes… Il l’avait enfin trouvé….


 


Oserait-il pousser la vieille porte vermoulue ? Oserait-il gravir les 365 marches qui le séparaient du sommet, pour rallumer la flamme de ce phare abandonné de tous… ?


 


Il avait hâte de franchir ce dernier pas… et pourtant il savourait le bonheur de l’instant, emplissant ses poumons de grandes goulées d’air marin, les yeux fixés sur ce phare…leur phare…


 


Il pensa alors à elle…Ils se rejoindraient ici, c’était écrit…Il faut laisser le temps au temps…Mais avaient-ils encore le temps ? Ils se donneraient le temps….


 


Il décida d’attendre encore un peu et s’allongea dans l’herbe…. Les yeux rivés au ciel, assourdi par les cris de la mer et du vent, il l’imagina haletante chevauchant à bride rabattue les terres d’Irlande pour venir à sa rencontre…


 


Elle aura changé. Mais il la reconnaîtrait entre toutes… Leurs cœurs et leurs sens d’écorchés à l’unisson… Il désirait tant la serrer dans ses bras… Juste la serrer dans ces bras…elle lui raconterait son périple et lui boirait ses mots…il boirait à sa bouche et l’embrasserait….


 


Heureux, arasé et repu de rêves et de souvenirs, il s'endormit sur la lande….


 


Il se réveilla brusquement…

Il était là allongé sur le lichen, la nuit était tombée déjà. Le fonds de l'air était doux et le ciel étoilé. La lune était pleine et sa lumière blafarde éclairait la falaise, sa blanche face se reflétait
dans l'eau noire étrangement calme….

Il aurait juré qu'elle était là, qu'il avait senti sa main caresser ses cheveux…
Depuis leur dernière rencontre il avait souvent ce genre d'impression, une hallucination, un mirage, l'espace d'un instant… Cette impression que même absente elle était là à ses côtés…
En silence dans le noir il retenait parfois sa respiration espérant entendre son souffle à l'oreille ou sa voix lui murmurer des mots d'amour…. Et cette ombre fuyante là-bas n'était-ce pas elle…. ? Et ce chant mélodieux jaillissant des falaises ? Et…et…et….

La fièvre du manque coulait en ses veines, et son corps apaisé devint soudain tremblant à son simple souvenir…

Comme pour se redonner du courage ses yeux se portèrent sur le phare, celui qui les réunirait enfin, minutes d'éternité dans le flot de leurs vies…

Cette pensée l'apaisa et il sourit….


Je me sens Papillon

Je me sens aujourd'hui d'humeur badine et rêveuse


Le vrai papillon en somme qui vole de ci de là


Sans jamais se poser comme pour se sentir plus libre


La chaleur embrase mon imaginaire


Et je laisse mon âme dériver à son aise


De jardins exotiques en vertes prairies d'Irlande


De côtes escarpées battues par le vent


En plage de sable fin, léchées par un soleil brûlant


Mon âme vagabonde et je m'abandonne à ce voyage


 


Oubliées les aliénations quotidienne je me sens voyageur,


Explorateur du monde, vagabond sans frontière,


D’un coup d'aile me voici traînant bien loin d'ici


Forêts équatoriales, demeure papale, château féodal


Le monde s'ouvre à mes yeux, mon âme s'ouvre au monde


Enfin je me sens léger et dans ma bouche un goût bizarre


Celui de la liberté… ?


 


Papillon, Papillon volant voguant à tire d’aile


Assoiffé de découvertes et de paysages


De pierres inertes, de mer, de nuages


A peine reposé je remonte en selle


« Pars et ne te retourne pas…. »


C’est fou comme certains mots interpellent


Et m’appellent vers cette fuite en avant


Vers de lointains horizons, lointains et inconnus


Où pourtant chaque regard chaque sourire


Fait que partout on se sent chez soi


Comme sur le toit du monde…..


 


Puis rentrer au Phare pour une douce escale


Et croiser vos mots vos regards vos sourires


Se délecter de plaisirs sensuels interdits


Puis prendre par la main ceux qui, émus


S’abandonnent à vos mots, à vos maux, à vos rires


Les entraîner en cette quête de plaisir


Dans ce voyage sans fin


Dans ces rêves en délire…..