A titre posthume

Le ciel breton a revêtu son costume de deuil : cumulus bas et lourds, nuages gris, brouillard humide et pénétrant.


Col relevé et mine triste, je suis ton cercueil dans le frimât d’une des premières matinées d’automne. Nous ne sommes pas nombreux.


Les mots tristes, trop bien rangés dans les tiroirs de mes souvenirs, restent muets, comme apeurés.


Seules quelques larmes franchissent, aventurières, la barrière de mes yeux pour se laisser couler le long de ma joue. Je n’y croyais pas…


Mes pensées aussi vont bon train derrière le corbillard qui nous mène en ta derrière demeure sur les hauteurs de ce village que je connais trop bien.


 


Nous ne nous parlions plus depuis longtemps, tu as gardé de moi le souvenir d’un adolescent souriant, ignorant mes peines et mon âme torturée d’adulte.


Nos ententes et nos mésententes traversée dans notre éloignement se sont tues à jamais..


Tu n’as pas non plus connu ta descendance, cette petite fille blonde qui marche à mes côtés au quotidien mais qui n’a pu venir ici, ignorant jusqu’à ton existence.


Non tu n’as pas connu tout ce que j’ai construit durant ces quinze années qui nous ont séparées. Je ne l’ai jamais voulu, je n’ai jamais pris le temps.


 


Et pourtant j’ai pris cet avion pour être là, sans même réfléchir. Je voulais juste t’accompagner une dernière fois, pas pour le pardon, je ne suis pas de ceux pour qui la mort vaut absolution, mais pour soulager le fardeau qui est le mien aujourd’hui..


Ô bien sûr tu as vu leurs regards de bien pensant et leurs questions à demi-mots. J’ai ignoré leurs airs réprobateurs et leurs mines de faux culs. Je suis venu pour moi, pour effacer ces non-dits et nos fâcheries de pacotilles, et leur montrer à tous que je gardais la tête haute, les silences parfois valent mieux que toutes les faussetés.


 


A l’heure où ton cercueil glisse au fond du caveau, ma vie est en train de basculer. Ca non plus tu ne le sais pas, mais personne ne le sait. Tout ce qui est acquis n’a plus parfum de liesse, et n’en déplaise aux biens pensants, tout autant qu’aux amis, c’est égoïstement que je veux vivre ma quête, vivre enfin pour moi quelque soit le prix à payer. C’est à ce prix que je retrouverai ma liberté d’âme et que je pourrais de nouveau regarder dans le miroir celui que je suis vraiment.


 


L’espace de 48 heures je vais fouler mes terres pour y trouver la sérénité et puiser la force qui, à mon retour, m’aidera à sortir la tête de l’eau pour avancer de nouveau le cœur léger et l’âme souriante. Gravir les marches une à une pour ne plus redescendre, et même si les jambes sont lourdes, les souvenirs pesants, se dire qu’au bout de l’ascension il y aura les sourires qui nous porterons jusqu’à la mort.


 


Grand-Mère, je reste chez les vivants, souhaitons nous bonne chance…


 


Repose en paix…